Les OGM ou l’offensive libérale sur l’agriculture mondiale
1 • Nourrir 12 milliards d’être humains sans OGM
Le rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de la FAO, publié en 2006, prouve chiffre à l’appui, que l’agriculture mondiale, dans l’état actuel du développement de ses forces productives, pourrait nourrir sans problème, 12 milliards d’êtres humains (nous ne sommes 6,4 milliards) et cela sans OGM. Sans OGM signifie que l’emploi des OGM n’est aujourd’hui absolument pas justifié. De nombreuses variétés de semences naturelles existent déjà permettant d’adapter l’agriculture aux différents types de climats et de qualités des sols.
2 • Un danger pour la santé
Nous n’avons aucune visibilité sur l’impact alimentaire des organismes génétiquement modifiés sur la santé des consommateurs à moyen terme. Certains ont préconisé le recours à des normes « scientifiques ». Mais la définition du niveau acceptable de tolérance du risque n’est pas claire. Quantité de gens dans le monde jugent que s’y exposer n’est ni nécessaire ni acceptable. Les grandes firmes refusent l’étiquetage, de crainte qu’il ne dissuade les achats, alors que le droit minimum du consommateur serait d’être informé du risque qu’il encoure.
Cela n’a pas empêché en juin 2007, les ministres européens de l’Agriculture, d’adopter un nouveau texte législatif qui autorise la présence “fortuite ou techniquement inévitable” d’OGM à hauteur de 0,9% dans les produits bio. Au-delà de ce seuil, ces aliments devront être étiquetés comme contenant des OGM. En deçà, aucune indication au consommateur n’est prévue.
3 • La privatisation du vivant
Les grandes compagnies déposent des brevets sur des semences qui ont pour seul objectif la privatisation du vivant. Plus de 4000 brevets sur les plantes accordés ces dernières années relèvent d’un savoir traditionnel acquis arbitrairement par des pays en développement (dont la moitié par les USA). Certaines compagnies ont été jusqu’à s’octroyer un brevet sur l’usage médical du cucurma en décembre 1993 ou des brevets sur le riz basmati en 1997 qui ont finalement été annulés, non sans procès longs et coûteux.
Les semences transgéniques sont protégées par des brevets et rapportent annuellement des dizaines de milliards de dollars de taxe. Soit le paysan paye des taxes sur les semences qu’il prélève sur la récolte de l’année écoulée, soit il achète des semences transgéniques stériles (brevet Terminator) et doit racheter chaque année de nouvelles semences. Le paysan est pieds et poings liés à son fournisseur qui peut imposer ses tarifs. La nature, la vie produisent et reproduisent gratuitement les plantes, les hommes, la nourriture, l’air, l’eau, la lumière. Ici le vivant devient une marchandise comme une autre. Ce qui est en jeux a travers la culture des OGM, c’est le principe de souveraineté alimentaire des populations du monde entier.
4 • La destruction de la diversité génétique
Les OGM accentuent l’érosion de la diversité génétique nécessaire à notre agriculture. La volatilité des pollens contamine les cultures environnantes et reste immaîtrisable. Ce qui compromet toutes cultures alternatives écologiques en plein air à l’approche des grandes exploitations.
Mais encore, dix sociétés contrôlent un tiers du marché des semences et leur fonctionnement conduit à la disparition de 75 % de la diversité biologique. Les hauts rendements qui poussent à l’uniformisation de la production et rendus possibles par les variétés génétiquement modifiées, ne peuvent être maintenus sur de longues périodes, dans la mesure où les parasites et maladies finissent par les attaquer. Les grandes sociétés chimiques multinationales ont pris le contrôle des producteurs et se préparent à inonder le marché de nouvelles variétés compatibles avec l’emploi intensif des pesticides ou des engrais — ce qui leur fait gagner de l’argent mais porte davantage atteinte à l’environnement. Deux des cinq plus grands fabricants de semences sont des entreprises d’agrochimie. Beaucoup d’autres ont conclu des accords avec des sociétés qui se consacrent à la chimie ou aux biotechnologies, pour participer au développement de variétés résistantes aux désherbants qui conduisent à l’appauvrissement des sols, provoquent des cancers chez les agriculteurs (comme le 2,4-D), agressent les échos systèmes (abeilles, oiseaux migrateurs…) et accentuent l’érosion génétique, c’est-à-dire la disparition des variétés dont les génomes donnaient aux cultures leur résistance à leurs ennemis naturels. Et les scientifiques n’ont jamais su inventer un gène nouveau. Ils se limitent à recombiner les gènes qu’ils trouvent dans la nature. Quand apparaissent des maladies ou des parasites que les gènes manipulés ne peuvent plus vaincre, les généticiens n’ont plus d’autre méthode que de chercher “un cousin sauvage” qui a acquis la résistance génétique que n’a pas, ou n’a plus, sa parente cultivée. Si nous détruisons nos réserves de diversité génétique, où irons-nous trouver les gènes nécessaires à la survie de notre agriculture ?



